Pourquoi aime t’on les ours en peluche ?

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pourquoi nounours

Ils sont chauds. Ils vous observent depuis le centre de la terre, d’où ils semblent venir. Ils sont amusants. Ils sont le rêve silencieux de nombreux enfants, la sécurité que leurs mains transmettent à leur cœur. Ils vous posent des questions qui ne vous volent pas le sourire. Ils chassent les saumons aériens quand on ne les voit pas pour ne pas perdre ce ventre confortable sur lequel on se couche pour raconter des histoires, pour regarder les étoiles.

Ils sont partout. Pas cher ou pas cher. Gris, marron, bleu, blanc : un long ours qui hibernera dans les rêves d’enfant, dans les vœux de bonheur que les parents ont pour nos enfants.

Oui, mais : derrière chacun de ces ours se cache une main d’esclave qui travaille jusqu’à quinze heures par jour pour presque rien (quatre euros par jour s’ils ont de la chance), sans assurance médicale, entassée dans des moments de repos dans les coins éparpillés des rats recevoir (quand ils arrivent en retard, ordres de dernière minute, sadique de la tête) des abus physiques. Beaucoup sont mineurs. Ils sont tous mal nourris.

Des mains, des vies. Coudre des ours en vingt secondes, deux mille ours par jour. S’ils tombent en dessous de ce chiffre, ils sont expulsés, ils donnent leur travail à d’autres mains, à d’autres vies. Il est interdit de parler pendant les heures de travail. Et pourquoi alors ? La paix et la parole sont interdites. Ils cousent, ils remplissent, ils introduisent des mécanismes qui les font parler, étiqueter, emballer. Ils viennent dans nos tentes et nous sourions : ours des neiges, ours roux, ours bien. Ils nous regardent avec le bouton en plastique ou les yeux et on dirait qu’ils vont commencer à parler. Nos enfants leur jettent la main en supplication, et nous, quoi faire, les achetons.

 Un tiroir plein d’ours dans notre maison : bras amputés, vies rongées loin, très loin qu’on s’en fiche. Comment pouvons-nous nous soucier que nos enfants se rassemblent contre eux dans le berceau et parlent en dormant avec des sons qui semblent provenir de cette grotte préhistorique où bêtes et humains partageaient le refuge. Au Soudan, ils veulent vaincre une enseignante et même la lapider parce que ses élèves, lors d’un vote démocratique, ont décidé de nommer un ours en peluche qui a servi d’animal de compagnie à la classe de Mahomet. Je ne sais pas. On devrait peut-être interdire les ours en peluche.

Il y a trop de souffrance camouflée dans sa peau caressante. Peut-être devrions-nous interdire le monde. Vie ondulée. Les mains. En attendant, en y réfléchissant, nous continuons à acquérir des ours, des millions d’ours en peluche. Ce ne sera pas que nous n’ayons pas vraiment bien réfléchi et le problème est ailleurs.

Sur Mars, sur la Lune. En économie, droit, politique. Dans un plat de riz, ce qui pourrait être en danger si je ne pense pas bien aux ours, si je me trompe de conclusions et provoque un cataclysme mondial. Un papillon bat des ailes à Malaga et un ouragan détruit les pays de l’Est. Alors ça. Comment sauver les ours naufragés des effets d’un ouragan. Les ours aiment les soleils bienveillants qui ne cuisent pas. Des ours qui ne perdent pas leur air calme autant qu’ils les jettent par la fenêtre, pour les poignarder avec une fourchette. Des ours à qui l’on donne des noms sonores et qui semblent toujours nous dire quelque chose. Mais ils ne le font pas parce que vous pouvez être interdit de parler.